domenica 28 settembre 2014

Da "La Revue littéraire": Catherine Cusset, "Une éducation catholique"

Riprendo la mia seconda "note de lecture" pubblicata sul n. 55 de "La Reve littéraire" n. 55 delle Editions Léo Scheer curata da Lilian Auzas e Myriam Thibault. Come già si è detto nel post precedente, il numero è dedicato alla "rentrée littéraire" dell'autunno 2014. Oggetto di questo pezzo è il più recente romanzo di Catherine Cusset, "Une éducation catholique" (Gallimard, 2014). 

Avec Une éducation catholique Catherine Cusset reste fidèle aux thèmes de toute son oeuvre: la puissance du désir, le conflit moral, les tensions familiales, les morts imprévues qui marquent tragiquement les vies, le rapport entre les cultures, en particulier la juive et la catholique, une certaine inquiétude géographique. On retrouve aussi l’expédient habituel de l’autofiction, et surtout celui de l’autocitation, qui fait de ce livre une sorte de réécriture des livres précédents : nombre d’épisodes sont bien reconnaissables, comme celui des vols en compagnie de l’amie Nathalie (cfr. Confessions d’une radine, 2003) ou les pages presque identiques sur la découverte de la sexualité féminine avec une autre amie, Z. (cfr. Jouir, 1997), qui devient ici Ximena. Mais on pourrait citer bien d’autres paraphrases si on ouvrait En toute innocence, Amours transversales ou A vous. Bien sûr, c’est encore une fois une Marie qui nous raconte son histoire, et cela ne nous étonne pas. Mais essayons d’oublier ces autocitations vertigineuses et concentrons-nous sur ce dernier roman.
Une éducation s’ouvre sur l’enfance de Marie (une histoire déjà lue mille fois, mais que Cusset sait raconter avec grâce et humour). Sa foi exigeante et austère, forgée sur le modèle du catholicisme de son père, a un côté mystique : Marie se tient à l’écart de la vie active, elle déteste par exemple « le scoutisme ». « Ma religion à moi est intérieure. Une religion d’appartement », dira-t-elle. Le catholicisme lui offre ses rites apaisants, mais ne la protège pas de l’angoisse : la foi n’empêche pas de pécher, et en outre, mêlée à la vanité, elle rend plus douloureux d’admettre les fautes : le sens du péché risque alors de devenir sens du sacrilège.
Des personnes aident Marie adolescente à se dissocier de la religion paternelle. « C’est plus amusant de lire un roman que d’aller à la messe » dit maman un jour à son mari fâché ; la vraie force de la mère, athée, réside dans sa patience et son ironique ductilité, tandis que la rigidité de la foi du père est vue plutôt comme signe de faiblesse. Et puis il y a Ximena, l’amie du cœur pendant les années du lycée. « Ximena entre dans ma vie. Dieu en sort », déclame Marie. La force de Ximena est dans sa rhétorique, qui lui donne la faculté de détruire les autres tout simplement avec un mot. Cette fille vit en pleine liberté au-delà des conventions et exerce son intelligence critique avec une arrogance naturelle. Elle rend Marie amoureuse, romantique, pathétique: elle lui ouvre les yeux sur son égocentrisme méprisable, sur son sentimentalisme narcissique que Ximena même finira par baptiser son « mariesque ». En effet, Marie est comme ça : frivole, craintive, traître aussi, faible, vaniteuse (on le soupçonnait déjà quand elle racontait ses amitiés d’enfant), tendant à cultiver des rêveries érotiques ou suicidaires.
Parmi les événements qui ouvrent les yeux à Marie sur une dimension plus vaste que son petit monde égocentrique d’adolescente, on doit mentionner avant tout la mort du petit neveu, qui fait découvrir à Marie la vraie douleur, bien que son bagage catholique l’oblige à exprimer le deuil principalement à travers de mélodramatiques et réitérées mises en scène. Et puis, il y a la découverte du sexe : à travers lequel Marie entreprend une personnelle (bien que chaotique) quête d’amour et d’épanouissement qui répertorie prénoms, flirts et lieux, sous l’emprise d’un désir bien plus fort que tout contrôle rationnel ou intellectuel. Enfin, le roman montre exactement cela : des vies gouvernées par un violent désir de possession. Et si le désir n’est pas comblé, voilà qu’explose une jalousie farouche.
Marie continue à puiser dans l’imaginaire catholique bien après la perte de la foi. Elle a en quelque sorte besoin d’un Dieu, même si elle est consciente qu’il n’existe pas. C’est pour cela que l’amie Ximena devient tout naturellement son dieu, son autorité, son « critère absolu » de jugement: leur alliance – c’est Marie même qui l’avoue – ressemble à celle entre Moïse et Yahvé. Si Ximena, dont l’arrogance intellectuelle est accablante, représente le Yahvé du Vieux Testament, le Dieu qui juge et condamne, l’ami Samuel correspond plutôt au Dieu néotestamentaire qui comprend et pardonne (et cela est singulier, vu que ce jeune homme vient d’une famille juive). C’est Marie qui raisonne sur ce point (un peu trop explicitement, peut-être) dans la dernière partie du roman, où sont consignées les liaisons éphémères qui interfèrent avec le rapport avec Samuel : pour être Dieu, comme Ximena, ou comme Samuel, il faut le don de l’éloquence, que les amants occasionnels de Marie ne possèdent pas : « J’avais trop besoin du verbe, et… le verbe c’était Samuel » dit-elle en paraphrasant l’incipit de l’Évangile selon Jean.

 Dommage pour l’indulgent Samuel : dans une chapelle, sous le regard imaginaire du Créateur, Marie épousera finalement son amant Al, non-croyant comme elle, dans un happy end paradoxal. « Le croyant avait besoin de la protection d’un dieu parce qu’il était fragile », a noté la petite Marie quand elle a découvert la faiblesse de son père ; on dirait, en conclusion, que même certains athées ont besoin de ce dieu.

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