sabato 23 febbraio 2013

L'intervista a Stéphanie Hochet per "Letteratitudine News" (in francese)


Riporto la versione originale in francese della traduzione dell'intervista rilasciata da Stéphanie Hochet per "Letteratitudine News" (si veda il post precedente).

1)   Comment aimerais-tu te présenter au public italien au-delà des précisions biographiques ?
Je suis un écrivain qui cherche et ne sait pas s’il trouve, mais cette frustration est probablement à la source du métier d’écrivain et j’ai besoin de me poser des questions essentielles au moment où j’élabore une fiction. C’est par la fiction que l’essentiel de mon questionnement sur l’humain peut prendre forme, le roman me met en condition, me permet de déployer du sens dans un univers réduit à quelques centaines de pages. Un monde sans création littéraire serait pour moi un désert. Je me suis passionnée, étudiante, pour le théâtre de Shakespeare, sa sophistication populaire, son dynamisme poétique. Et j’ai souvent besoin d’aller chercher ailleurs mes sources d’inspiration : l’Angleterre et sa littérature pour Les éphémérides, mais auparavant il y a eu le Sud des États-Unis avec Combat de l’amour et de la faim et l’Italie avec La distribution des lumières.

2)   Comment classer Les éphémérides parmi tes romans ? Quels sont les thèmes qu’on peut y retrouver ou bien quel est le parcours que tu as tracé depuis Moutarde douce jusque là ? Je connais tous tes romans et j’aperçois la continuité plutôt que les différences ; et je vois dans Les éphémérides une sorte de grandiose synthèse de tes thèmes et de ta démarche expressive ; c’est correct ?
J’ai l’impression d’avoir réalisé un livre très important pour moi avec Les éphémérides, autant sur le fond que sur la forme. Il rassemble tous mes démons : l’expérience jumelée de l’art et de la souffrance, l’attente amoureuse, la frénésie de vivre et la violence, la terreur et les chemins de liberté qu’ouvre la poésie.  Je n’aurais pas pu l’écrire s’il n’y avait eu avant les autres romans qui m’ont permis d’être plus ambitieuse.

3)   Une fois, interviewée à la radio italienne, tu as parlé du plaisir de l’invention et du plaisir de la précision, par rapport à l’écriture. Cette dimension épicurienne du travail de l’écrivain m’a beaucoup touché (je m’y retrouve parfaitement). Dans le cas des effemeridi, sur quels aspects s’est concentré ce plaisir ?
Je l’ai écrit avec jubilation parce que je sentais que j’emmenais le lecteur dans un univers mystérieux dont j’allais peu à peu dévoiler l’étrangeté (la « maison close » dans laquelle travaille Tara, l’entrepôt du peintre Simon Black, inspiré de Francis Bacon, et l’étrange mère de famille Sophie dont l’obsession maternelle allait tourner à la folie). J’ai voulu avancer dans l’écriture en exprimant au maximum les perceptions de chacun des personnages, de manière à amener le lecteur à voir avec leurs yeux.  Il fallait aussi que les personnages se libèrent de ce qui les enferme. Je me suis régalé aussi à décrire les Dogs, ces monstres canins qui vont survivre à l’Annonce qui prédit une catastrophe…

4)   Tes livres exigent des lecteurs attentifs et concentrés, en quelques sortes prêts à jouer avec toute leur perspicacité en compagnie de l’écrivain. Les éphémérides, par exemple, semble jouer (plaisanter même) avec des clichés du cinéma catastrophique et de la science fiction, et vouloir toujours troubler l’horizon d’attente des lecteurs. C’est correct ?
En effet. En écrivant le livre, je ne pouvais m’empêcher d’avoir en tête certains scenarii de films de fin du monde qui sont souvent assez prévisibles, je voulais distordre ces préjugés apocalyptiques, laisser au lecteur la possibilité d’interpréter certains faits –  faire confiance au lecteur – , cette Annonce, sorte de mort annoncée à tous les personnages, est une métaphore de notre propre finitude. J’aime aborder les sujets graves avec une distance ironique, plus c’est grave plus il faut s’amuser. Je décris le roman comme un livre d’anticipation et non un livre de science-fiction car je m’attache à décrire la société telle qu’elle est (ou telle que je la vois, un roman est toujours subjectif) en déplaçant le curseur du temps. Si j’avais voulu écrire un livre de pure science-fiction, j’aurais donné des renseignements scientifiques au lecteur, une théorie du cataclysme qui n’aurait pas eu grand-chose de littéraire. J’ai préféré l’aspect poétique sur un fond de scherzo.

5)   Une autre question : quel est ton rapport avec l’Italie (et la littérature italienne) ? Dans ton roman La distribution des lumières le protagoniste italien Pasquale Villano citait des auteurs tels que Buzzati, Landolfi, Fenoglio, Pavese…
J’ai beaucoup d’admiration pour les écrivains que tu viens de citer. (J’attends aussi la traduction française de ton dernier roman dont on m’a dit le plus grand bien…). La littérature italienne est une référence indispensable pour tout écrivain français car elle puise dans le socle commun de la culture latine. Ma nouvelle fiction qui vient de paraître aux éditions des Busclats, Sang d’encre, a failli s’appeler La phrase latine, et j’y cite également Pavese dont Le bel été et Le métier de vivre m’ont bouleversée comme rarement. Comme tous les grands auteurs, Pavese nous accompagne dans le temps, les années passent et on a envie de le relire. Quant à l’Italie, elle est une destination féérique, prononcer le nom de ce pays, c’est déjà susciter le rêve. Et il y a mes amis italiens.

6)   Peux-tu nous parler de ton rapport d’écrivain avec tes personnages, en particulier ceux de Le effemeridi ?
Ce sont les personnages qui me donnent envie d’écrire. Quand je vivais en Écosse, le hasard m’a amenée à rencontrer la personne qui m’a inspiré le personnage de Tara, cette prostituée maitresse-femme et éleveuse de chiens. Elle était tellement marquante. Mais il m’aura fallu plus de dix ans pour que je puisse l’insérer dans une démarche littéraire de grande ampleur. Elle y croise un double de Francis Bacon, un peintre qui me fascine depuis longtemps (j’ai même eu la chance de rencontrer un critique d’art qui l’a interviewé). Quant aux personnages de Sophie et de Ludivine, la mère et la fille, elles sont, pardonne-moi l’expression, plus classiquement hochetiennes, ce sont des créatures infernales comme on en rencontre dans sa propre famille. 

In italiano su 
https://letteratitudinenews.wordpress.com/2013/02/23/intervista-a-stephanie-hochet/

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