Riprendo la mia seconda "note de lecture" pubblicata sul n. 55 de "La Reve littéraire" n. 55 delle Editions Léo Scheer curata da Lilian Auzas e Myriam Thibault. Come già si è detto nel post precedente, il numero è dedicato alla "rentrée littéraire" dell'autunno 2014. Oggetto di questo pezzo è il più recente romanzo di Catherine Cusset, "Une éducation catholique" (Gallimard, 2014).
Avec Une
éducation catholique Catherine Cusset reste fidèle aux thèmes de toute son
oeuvre: la puissance du désir, le conflit moral, les tensions familiales, les
morts imprévues qui marquent tragiquement les vies, le rapport entre les
cultures, en particulier la juive et la catholique, une certaine inquiétude
géographique. On retrouve aussi l’expédient habituel de l’autofiction, et
surtout celui de l’autocitation, qui fait de ce livre une sorte de réécriture
des livres précédents : nombre d’épisodes sont bien reconnaissables, comme
celui des vols en compagnie de l’amie Nathalie (cfr. Confessions d’une radine, 2003) ou les pages presque identiques sur
la découverte de la sexualité féminine avec une autre amie, Z. (cfr. Jouir, 1997), qui devient ici Ximena.
Mais on pourrait citer bien d’autres paraphrases si on ouvrait En toute innocence, Amours transversales ou A
vous. Bien sûr, c’est encore une fois une Marie qui nous raconte son
histoire, et cela ne nous étonne pas. Mais essayons d’oublier ces autocitations
vertigineuses et concentrons-nous sur ce dernier roman.
Une éducation s’ouvre sur l’enfance de Marie (une
histoire déjà lue mille fois, mais que Cusset sait raconter avec grâce et
humour). Sa foi exigeante et austère, forgée sur le modèle du catholicisme de
son père, a un côté mystique : Marie se tient à l’écart de la vie active, elle
déteste par exemple « le scoutisme ». « Ma religion à moi est
intérieure. Une religion d’appartement », dira-t-elle. Le catholicisme lui
offre ses rites apaisants, mais ne la protège pas de l’angoisse : la foi
n’empêche pas de pécher, et en outre, mêlée à la vanité, elle rend plus
douloureux d’admettre les fautes : le sens du péché risque alors de devenir
sens du sacrilège.
Des personnes aident Marie adolescente à se
dissocier de la religion paternelle. « C’est plus amusant de lire un roman
que d’aller à la messe » dit maman un jour à son mari fâché ; la
vraie force de la mère, athée, réside dans sa patience et son ironique
ductilité, tandis que la rigidité de la foi du père est vue plutôt comme signe
de faiblesse. Et puis il y a Ximena, l’amie du cœur pendant les années du
lycée. « Ximena entre dans ma vie. Dieu en sort », déclame Marie. La
force de Ximena est dans sa rhétorique, qui lui donne la faculté de détruire
les autres tout simplement avec un mot. Cette fille vit en pleine liberté
au-delà des conventions et exerce son intelligence critique avec une arrogance
naturelle. Elle rend Marie amoureuse, romantique, pathétique: elle lui
ouvre les yeux sur son égocentrisme méprisable, sur son sentimentalisme
narcissique que Ximena même finira par baptiser son « mariesque ». En
effet, Marie est comme ça : frivole, craintive, traître aussi, faible,
vaniteuse (on le soupçonnait déjà quand elle racontait ses amitiés d’enfant),
tendant à cultiver des rêveries érotiques ou suicidaires.
Parmi les événements qui ouvrent les yeux à Marie
sur une dimension plus vaste que son petit monde égocentrique d’adolescente, on
doit mentionner avant tout la mort du petit neveu, qui fait découvrir à Marie
la vraie douleur, bien que son bagage catholique l’oblige à exprimer le deuil
principalement à travers de mélodramatiques et réitérées mises en scène. Et
puis, il y a la découverte du sexe : à travers lequel Marie entreprend une
personnelle (bien que chaotique) quête d’amour et d’épanouissement qui
répertorie prénoms, flirts et lieux, sous l’emprise d’un désir bien plus fort
que tout contrôle rationnel ou intellectuel. Enfin, le roman montre exactement cela :
des vies gouvernées par un violent désir de possession. Et si le désir n’est
pas comblé, voilà qu’explose une jalousie farouche.
Marie continue à puiser dans l’imaginaire
catholique bien après la perte de la foi. Elle a en quelque sorte besoin d’un
Dieu, même si elle est consciente qu’il n’existe pas. C’est pour cela que
l’amie Ximena devient tout naturellement son dieu, son autorité, son
« critère absolu » de jugement: leur alliance – c’est Marie même qui
l’avoue – ressemble à celle entre Moïse et Yahvé. Si Ximena, dont l’arrogance intellectuelle est accablante,
représente le Yahvé du Vieux Testament, le Dieu qui juge et condamne, l’ami
Samuel correspond plutôt au Dieu néotestamentaire qui comprend et pardonne (et
cela est singulier, vu que ce jeune homme vient d’une famille juive). C’est
Marie qui raisonne sur ce point (un peu trop explicitement, peut-être) dans la
dernière partie du roman, où sont consignées les liaisons éphémères qui
interfèrent avec le rapport avec Samuel : pour être Dieu, comme Ximena, ou
comme Samuel, il faut le don de l’éloquence, que les amants occasionnels de
Marie ne possèdent pas : « J’avais trop besoin du verbe, et… le verbe
c’était Samuel » dit-elle en paraphrasant l’incipit de l’Évangile selon
Jean.
Dommage
pour l’indulgent Samuel : dans une chapelle, sous le regard imaginaire du
Créateur, Marie épousera finalement son amant Al, non-croyant comme elle, dans
un happy end paradoxal. « Le
croyant avait besoin de la protection d’un dieu parce qu’il était
fragile », a noté la petite Marie quand elle a découvert la faiblesse de
son père ; on dirait, en conclusion, que même certains athées ont besoin
de ce dieu.





