lunedì 29 luglio 2013

Dallo Speciale n. 1 di "FuoriAsse": l'intervista a Stéphanie Hochet (version en français)

Da oggi è possibile leggere e scaricare dal sito di Cooperativa Letteraria (http://cooperativaletteraria.it/index.php/fuoriasse/95-fuori-asse/235-fuoriasse-speciale-salone-internazionale-del-libro.html) il numero speciale di "FuoriAsse" dedicato agli incontri del XXVI Salone Internazionale del Libro di Torino. Alla realizzazione di questo numero ho contribuito con grande piacere, lasciandomi contagiare dall'entusiasmo di Caterina Arcangelo e di Mario Greco. Tra i pezzi che ho firmato anch'io, comincio a segnalare l'intervista mia e di Caterina a Stéphanie Hochet, che di seguito riporto nella traduzione francese, invitandovi a leggerla nella versione italiana a pag. 22 dello Speciale.

Entretien avec Stéphanie Hochet
(FuoriAsse – Officina della Cultura. Speciale n. 1 sul XXVI Salone Internazionale del Libro)

Claudio  En 2012, en Italie, il y a eu une pléthore de livres de fiction inspirés par la fin du monde. Dans certains cas, on se trouvait devant des histoires  liées à la soi-disant prophétie maya ; dans d'autres cas, cette prolifération de catastrophes littéraires semble être le reflet des incertitudes et des angoisses de l'époque dans laquelle nous vivons; dans ton cas, nous sommes plutôt confrontés à un roman qui utilise le thème de la fin du monde pour explorer autre chose – la nature humaine, je crois, la vie de l'homme en relation avec le temps. Es-tu d'accord?

Stéphanie  C’est parfaitement ça.  Je n’avais pas l’intention d’écrire de la science-fiction, un style littéraire que je respecte mais qui n’est pas mon affaire dans le sens où les théories de fin du monde m’intéressent moins que le traitement poétique et la vie intérieure des personnages qui comprennent (ou pas) qu’ils doivent faire face à leur propre finitude. Je parle aussi de la société actuelle, de son fantasme de chaos et de complots, de sa violence, de son culte du pouvoir et de notre fascination pour la mort à grande échelle. Tu as également raison quand tu parles de la notion du temps que les personnages intègrent, ils doivent prendre en compte cette fameuse date du 21 mars qui est présentée comme le début d’un cataclysme. L’heure et la durée sont des notions très importantes dans le livre.

Claudio  L'écrivain italien Gabriele Dadati, qui a présenté ton livre à Milan en février, a écrit  à propos de la littérature de fin du monde: « J'ai le sentiment que l'imaginaire est en train de se normaliser et de fréquenter une idée de Fin qui ressemble non à un acte de violence, mais à une perspective de plus en plus normale. Que les chocs sont de moins en moins nombreux et que les choses vont finir parce que, eh bien, parce que c'est ainsi que cela doit aller. Que l'atmosphère de la fin est quelque chose que nous respirons tous les jours. Je ne sais pas si cela est effrayant ou paisible. » Que penses-tu de cette interprétation, qui semble cohérente avec la citation de Susan Sontag en exergue (« La vie moderne nous habitue à vivre avec la conscience intermittente de désastres monstrueux, impensables – mais, nous dit-on, parfaitement probables »)?

Stéphanie  Il a très bien exprimé l’esprit des Ephémérides. On vit dans une société qui nie la fin, qui regarde ailleurs. On ne veut pas parler de l’euthanasie ou de notre prochaine disparition qu’elle soit personnelle ou celle de l’espèce. Mais il y a beaucoup de façons d’en parler. Qui nous dit que la fin n’est pas un moment merveilleux ? Les dernières pages des Ephémérides sont les plus aériennes pour cette raison. Mais c’est amusant parce que la phrase d’exergue de Susan Sontag me paraissait avoir une tonalité plus sombre.

Caterina  Chaque personnage est représenté par un intense sentiment d'anxiété et d'appréhension. Le sentiment d'angoisse qui, selon plusieurs lecteurs, caractérise les personnages se fonde sur la crainte de l'imminence du danger contre lequel on sent péniblement sa propre impuissance. A ce propos, à ton avis, peut-on trouver une consonance avec le film de Lars von Trier Melancholia, dans lequel les vies des personnages sont bouleversées par une prochaine collision planétaire?

Stéphanie  Le plus étonnant si on fait référence au film Melancholia, c’est que je l’ai vu alors que j’étais en pleine écriture des Ephémérides…Et je n’ai pas pu m’empêcher de m’exclamer : Ca c’est trop fort ! Mes romans sont parcourus par cette angoisse dont tu parles et qui doit m’habiter depuis longtemps, ma dernière fiction se nomme d’ailleurs Sang d’encre. Pour reparler de Melancholia, j’ai aimé le film dont l’esthétisme exalté m’évoque la peinture de Gustave Moreau.

Claudio  Elio Grasso a écrit dans un article qui est apparu il y a quelques mois dans Pulp: « Hochet suit ses créatures avec une grande délicatesse, comme une ombre qui déploie toutes les nuances selon l'intensité de la lumière. » C'est une interprétation originale et convaincante de ton rapport avec les personnages, fondée sur ​​une idée d’empathie, de sensibilité et de respect, et se distingue de beaucoup d'autres qui mettent l'accent sur la «cruauté», sur l’« impitoyabilité » présumée de ton regard. Qu'en penses-tu?

Stéphanie  Absolument ! Je m’inscris en faux contre ceux qui me décrivent comme un auteur de la « cruauté », car c’est avoir une lecture très superficielle de mes livres. J’ai un véritable amour pour mes personnages. La méchanceté, la malveillance existent dans le monde que je décris comme dans la réalité mais tous les personnages avec lesquels je décide de passer un certain temps (mes personnages principaux) sont  perçus avec humanité. Je suis allergique au cynisme total.

Caterina  La description des personnages révèle une connaissance approfondie des tics, des obsessions et des délires qui caractérisent l’espèce humaine. Je me réfère en particulier aux caractéristiques qu’on reconnait rarement ou qui sont à peine perceptibles dans la vie de tous les jours, et aux remèdes qui, peut-être, et même d’une façon superficielle, on pourrait définir extrêmes. Je pense à ce propos aux tourments de la mère de Ludivine: « Mais ensuite quel bonheur. Cette vie minuscule dans mes bras. Et ce pouvoir sur l'enfant. Ce pouvoir effrayant de vie et de mort sur un autre être ». Et je pense à la prise de conscience absolue d'un « sentiment de puissance » qui se développe, quoique à de différents degrés, dans certaines dynamiques, par exemple entre la prostituée Tara et ses clients, Bill, par exemple.

Stéphanie  En effet, d’ailleurs un de mes romans s’intitule Je ne connais pas ma force... L’idée du sentiment de toute puissance m’évoque les découvertes de Freud sur la perception des petits enfants qui se voient comme tout puissants. Et qui à côté de cela sont dépendants des soins des adultes et en particulier de leur mère dont le corps à côté du leur ressemblerait à celui d’une géante. On ne peut pas devenir vraiment humain si on ne se sépare pas de cette pulsion. Les dictateurs sont des enfants qui veulent tout. On retrouve des dictateurs au sommet des états ou au sein des familles toutes « simples ». La mère de Ludivine prend conscience de sa puissance réelle sur cette enfant, elle y pense mais ne passe pas à l’acte. Tara passe à l’acte en dominant ses clients psychologiquement et physiquement.
Caterina  Dans plusieurs passages la conscience que la vie va arriver à son terme provoque un sentiment de liberté ; imaginer une fin complète et une chance d'échapper aux conventions que l'existence nous impose donne un sentiment de soulagement. Et là où les « conventions » persistent, nous voyons persister un sentiment de malaise. Les hommes d'affaires qui sont les clients de Tara donnent preuve d'une grande détermination en apparence, mais ils cachent une série de névroses qui produisent diverses manifestations psychopathologiques. Parfois, les remèdes à cette anxiété sont des solutions extrêmes. Penses-tu que c'est une attitude facile à trouver dans la société d'aujourd'hui?

Stéphanie  Non, bien sûr, mais les clients « névrosés » de Tara ont au moins trouvé un cadre qui les contient. Ceux qui ne trouvent pas ce cadre se mettent peut-être à tuer des gens... Tara a d’ailleurs conscience d’aider les autres, d’être une « bonne fille » comme les autres prostituées sans qui les monde irait plus mal. C’est du moins son opinion.

Claudio  Dans Les éphémérides les familles traditionnelles (celle de Simon Black, celle de Ludivine, celle de Tara aussi, ainsi que d'autres familles qui apparaissent ici et là, comme le petit clan terrible des éleveurs de rottweiler) sont présentées comme des « nids de vipères », dans lesquels se concentrent l'angoisse, le mensonge, l'égoïsme, les malentendus; de tout cela, paraît-il, on ne peut se sauver qu’en s'enfuyant et en inventant des relations alternatives ailleurs, le plus loin possible. Et si on étend le regard, même la société dans son complexe semble, dans ton roman, amplifier et aggraver les tares typiques de la famille. Est-ce que tu te reconnais dans cette interprétation?

Stéphanie  C’est parfaitement juste. Et l’allusion au « nid de vipère » comme référence à Mauriac est percutante. La famille est une structure si archaïque, je parle bien sûr des familles traditionnelles, que son fonctionnement se base souvent sur l’écrasement de certains par d’autres. Tout y est guerre, rapport de force. C’est du moins ce que j’ai pu constater dans la mienne. Mais d’autres auteurs l’ont décrite également ainsi.

Claudio  Dans un entretien enregistré par Alberto Sebastiani pour La Repubblica tu dis : « J’écris dans le silence ». Comment travailles-tu sur tes textes, quelles sont à ton avis  les conditions idéales dans lesquelles écrire un roman ou un récit?

Stéphanie  Chacun les siennes. Pour moi, il faut que je sois dans un endroit calme et pas trop froid. Qu’on ne me dérange pas sans cesse avec le téléphone etc.

Caterina  Deux mots sur la couverture du livre, dans laquelle, dans l'obscurité presque totale de l'image, reluit un cœur. Je crois qu’une représentation de ce genre, dans un roman qui continue à palpiter de sang du début à la fin, peut impressionner le lecteur. Je me demande si tu as vraiment aimé cette image de couverture. Ou si elle a été choisie parce qu'elle sonne fortement avec le texte. Ou si, comme cela arrive souvent, il s'agit d'un choix éditorial et, par conséquent, du résultat d’un combat entre l’auteur et l’éditeur.

Stéphanie  Au début, j’ai été si surprise par cette couverture (qui est une photo, l’œuvre d’un artiste) que je n’ai pas su quoi en penser. Il m’a fallu un certain temps. Et puis ça a été le coup de foudre car cette image est sublime et évoque l’aspect « viscéral » qu’il y a dans mes romans. J’en suis très fière car maintenant elle est devenue une partie du livre.

Caterina  Pour ce qui concerne le travail des maisons d’édition, quelles sont à ton avis les différences entre la France et l'Italie? Et que penses-tu des lecteurs italiens? Selon ton expérience, dans la façon de considérer l’art, la littérature et la culture en général, il y a des différences fondamentales entre l'Italie et la France?

Stéphanie  J’ai adoré rencontrer les éditeurs de La Linea. J’aime leur esprit d’ouverture, leur curiosité, leur gentillesse. Ils sont aussi très attentionnés et ils travaillent bien (je suis aussi ravie de la traduction par Monica Capuani). Je ne crois pas qu'il y ait de différences fondamentales entre la France et l'Italie (mondialisation ?), en tout cas je ne me permettrais pas de juger pour toutes les maisons d’édition italiennes mais celle-ci montre un intérêt très net pour les cultures du monde entier. Elle me semble exigeante et classe.

Caterina  Es-tu satisfaite du travail effectué en Italie et de l'attention portée à ton livre?

Stéphanie  Absolument ! Le livre a reçu une très belle presse en Italie (deux articles dans la Repubblica...) et des critiques littéraires de très haute tenue comme celle de Elio Grasso.

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