Da oggi è possibile leggere e scaricare dal sito di Cooperativa Letteraria (http://cooperativaletteraria.it/index.php/fuoriasse/95-fuori-asse/235-fuoriasse-speciale-salone-internazionale-del-libro.html) il numero speciale di "FuoriAsse" dedicato agli incontri del XXVI Salone Internazionale del Libro di Torino. Alla realizzazione di questo numero ho contribuito con grande piacere, lasciandomi contagiare dall'entusiasmo di Caterina Arcangelo e di Mario Greco. Tra i pezzi che ho firmato anch'io, comincio a segnalare l'intervista mia e di Caterina a Stéphanie Hochet, che di seguito riporto nella traduzione francese, invitandovi a leggerla nella versione italiana a pag. 22 dello Speciale.
Entretien avec Stéphanie Hochet
(FuoriAsse – Officina della Cultura. Speciale n. 1
sul XXVI Salone Internazionale del Libro)
Claudio En 2012, en Italie, il y a eu une pléthore de
livres de fiction inspirés par la fin du monde. Dans certains cas, on se trouvait
devant des histoires liées à la
soi-disant prophétie maya ; dans d'autres cas, cette prolifération de
catastrophes littéraires semble être le reflet des incertitudes et des
angoisses de l'époque dans laquelle nous vivons; dans ton cas, nous sommes plutôt
confrontés à un roman qui utilise le thème de la fin du monde pour explorer autre
chose – la nature humaine, je crois, la vie de l'homme en relation avec le
temps. Es-tu d'accord?
Stéphanie C’est parfaitement ça. Je n’avais pas l’intention d’écrire de la
science-fiction, un style littéraire que je respecte mais qui n’est pas mon
affaire dans le sens où les théories de fin du monde m’intéressent moins que le
traitement poétique et la vie intérieure des personnages qui comprennent (ou
pas) qu’ils doivent faire face à leur propre finitude. Je parle aussi de la
société actuelle, de son fantasme de chaos et de complots, de sa violence, de
son culte du pouvoir et de notre fascination pour la mort à grande échelle. Tu
as également raison quand tu parles de la notion du temps que les personnages
intègrent, ils doivent prendre en compte cette fameuse date du 21 mars qui est
présentée comme le début d’un cataclysme. L’heure et la durée sont des notions
très importantes dans le livre.
Claudio L'écrivain italien Gabriele Dadati, qui a
présenté ton livre à Milan en février, a écrit
à propos de la littérature de fin du monde: « J'ai le sentiment que
l'imaginaire est en train de se normaliser et de fréquenter une idée de Fin qui
ressemble non à un acte de violence, mais à une perspective de plus en plus
normale. Que les chocs sont de moins en moins nombreux et que les choses vont finir
parce que, eh bien, parce que c'est ainsi que cela doit aller. Que l'atmosphère
de la fin est quelque chose que nous respirons tous les jours. Je ne sais pas
si cela est effrayant ou paisible. » Que penses-tu de cette
interprétation, qui semble cohérente avec la citation de Susan Sontag en
exergue (« La vie moderne nous habitue à vivre avec la conscience
intermittente de désastres monstrueux, impensables – mais, nous dit-on,
parfaitement probables »)?
Stéphanie Il a très
bien exprimé l’esprit des Ephémérides. On
vit dans une société qui nie la fin, qui regarde ailleurs. On ne veut pas
parler de l’euthanasie ou de notre prochaine disparition qu’elle soit
personnelle ou celle de l’espèce. Mais il y a beaucoup de façons d’en parler.
Qui nous dit que la fin n’est pas un moment merveilleux ? Les dernières
pages des Ephémérides sont les plus
aériennes pour cette raison. Mais c’est amusant parce que la phrase d’exergue
de Susan Sontag me paraissait avoir une tonalité plus sombre.
Caterina Chaque personnage est représenté par un
intense sentiment d'anxiété et d'appréhension. Le sentiment d'angoisse qui,
selon plusieurs lecteurs, caractérise les personnages se fonde sur la crainte
de l'imminence du danger contre lequel on sent péniblement sa propre
impuissance. A ce propos, à ton avis, peut-on trouver une consonance avec le
film de Lars von Trier
Melancholia, dans lequel les vies des
personnages sont bouleversées par une prochaine collision planétaire?
Stéphanie Le plus
étonnant si on fait référence au film Melancholia,
c’est que je l’ai vu alors que j’étais en pleine écriture des Ephémérides…Et je n’ai pas pu m’empêcher
de m’exclamer : Ca c’est trop fort ! Mes romans sont parcourus par
cette angoisse dont tu parles et qui doit m’habiter depuis longtemps, ma
dernière fiction se nomme d’ailleurs Sang
d’encre. Pour reparler de Melancholia,
j’ai aimé le film dont l’esthétisme exalté m’évoque la peinture de Gustave
Moreau.
Claudio Elio Grasso a écrit dans un article qui est
apparu il y a quelques mois dans Pulp: « Hochet suit ses
créatures avec une grande délicatesse, comme une ombre qui déploie toutes les
nuances selon l'intensité de la lumière. » C'est une interprétation
originale et convaincante de ton rapport avec les personnages, fondée sur une
idée d’empathie, de sensibilité et de respect, et se distingue de beaucoup
d'autres qui mettent l'accent sur la «cruauté», sur l’« impitoyabilité »
présumée de ton regard. Qu'en penses-tu?
Stéphanie
Absolument ! Je m’inscris en faux contre ceux qui me décrivent
comme un auteur de la « cruauté », car c’est avoir une lecture très
superficielle de mes livres. J’ai un véritable amour pour mes personnages. La
méchanceté, la malveillance existent dans le monde que je décris comme dans la
réalité mais tous les personnages avec lesquels je décide de passer un certain
temps (mes personnages principaux) sont
perçus avec humanité. Je suis allergique au cynisme total.
Caterina La description des personnages révèle une
connaissance approfondie des tics, des obsessions et des délires qui
caractérisent l’espèce humaine. Je me réfère en particulier aux
caractéristiques qu’on reconnait rarement ou qui sont à peine perceptibles dans
la vie de tous les jours, et aux remèdes qui, peut-être, et même d’une façon
superficielle, on pourrait définir extrêmes. Je pense à ce propos aux tourments
de la mère de Ludivine: « Mais ensuite quel bonheur. Cette vie minuscule dans
mes bras. Et ce pouvoir sur l'enfant. Ce pouvoir effrayant de vie et de mort
sur un autre être ». Et je pense à la prise de conscience absolue d'un « sentiment
de puissance » qui se développe, quoique à de différents degrés, dans
certaines dynamiques, par exemple entre la prostituée Tara et ses clients,
Bill, par exemple.
Stéphanie En effet,
d’ailleurs un de mes romans s’intitule Je
ne connais pas ma force... L’idée du sentiment de toute puissance m’évoque
les découvertes de Freud sur la perception des petits enfants qui se voient
comme tout puissants. Et qui à côté de cela sont dépendants des soins des
adultes et en particulier de leur mère dont le corps à côté du leur
ressemblerait à celui d’une géante. On ne peut pas devenir vraiment humain si
on ne se sépare pas de cette pulsion. Les dictateurs sont des enfants qui
veulent tout. On retrouve des dictateurs au sommet des états ou au sein des
familles toutes « simples ». La mère de Ludivine prend conscience de
sa puissance réelle sur cette enfant, elle y pense mais ne passe pas à l’acte.
Tara passe à l’acte en dominant ses clients psychologiquement et physiquement.

Caterina Dans plusieurs passages la conscience que la vie
va arriver à son terme provoque un sentiment de liberté ; imaginer une fin
complète et une chance d'échapper aux conventions que l'existence nous impose
donne un sentiment de soulagement. Et là où les « conventions »
persistent, nous voyons persister un sentiment de malaise. Les hommes d'affaires
qui sont les clients de Tara donnent preuve d'une grande détermination en
apparence, mais ils cachent une série de névroses qui produisent diverses
manifestations psychopathologiques. Parfois, les remèdes à cette anxiété sont
des solutions extrêmes. Penses-tu que c'est une attitude facile à trouver dans
la société d'aujourd'hui?
Stéphanie Non, bien
sûr, mais les clients « névrosés » de Tara ont au moins trouvé un
cadre qui les contient. Ceux qui ne trouvent pas ce cadre se mettent peut-être
à tuer des gens... Tara a d’ailleurs conscience d’aider les autres, d’être une
« bonne fille » comme les autres prostituées sans qui les monde irait
plus mal. C’est du moins son opinion.
Claudio Dans
Les éphémérides les familles
traditionnelles (celle de Simon Black, celle de Ludivine, celle de Tara aussi, ainsi
que d'autres familles qui apparaissent ici et là, comme le petit clan terrible
des éleveurs de rottweiler) sont présentées comme des « nids de vipères », dans
lesquels se concentrent l'angoisse, le mensonge, l'égoïsme, les malentendus; de
tout cela, paraît-il, on ne peut se sauver qu’en s'enfuyant et en inventant des
relations alternatives ailleurs, le plus loin possible. Et si on étend le
regard, même la société dans son complexe semble, dans ton roman, amplifier et
aggraver les tares typiques de la famille. Est-ce que tu te reconnais dans
cette interprétation?
Stéphanie C’est
parfaitement juste. Et l’allusion au « nid de vipère » comme
référence à Mauriac est percutante. La famille est une structure si archaïque,
je parle bien sûr des familles traditionnelles, que son fonctionnement se base souvent
sur l’écrasement de certains par d’autres. Tout y est guerre, rapport de force.
C’est du moins ce que j’ai pu constater dans la mienne. Mais d’autres auteurs
l’ont décrite également ainsi.
Claudio Dans un entretien enregistré par Alberto
Sebastiani pour La
Repubblica tu dis : « J’écris dans
le silence ». Comment travailles-tu sur tes textes, quelles sont à ton
avis les conditions idéales dans
lesquelles écrire un roman ou un récit?
Stéphanie Chacun les
siennes. Pour moi, il faut que je sois dans un endroit calme et pas trop froid.
Qu’on ne me dérange pas sans cesse avec le téléphone etc.
Caterina Deux mots sur la couverture du livre, dans laquelle,
dans l'obscurité presque totale de l'image, reluit un cœur. Je crois qu’une
représentation de ce genre, dans un roman qui continue à palpiter de sang du
début à la fin, peut impressionner le lecteur. Je me demande si tu as vraiment
aimé cette image de couverture. Ou si elle a été choisie parce qu'elle sonne
fortement avec le texte. Ou si, comme cela arrive souvent, il s'agit d'un choix
éditorial et, par conséquent, du résultat d’un combat entre l’auteur et
l’éditeur.
Stéphanie Au début,
j’ai été si surprise par cette couverture (qui est une photo, l’œuvre d’un
artiste) que je n’ai pas su quoi en penser. Il m’a fallu un certain temps. Et
puis ça a été le coup de foudre car cette image est sublime et évoque l’aspect
« viscéral » qu’il y a dans mes romans. J’en suis très fière car
maintenant elle est devenue une partie du livre.
Caterina Pour ce qui concerne le travail des maisons
d’édition, quelles sont à ton avis les différences entre la France et l'Italie?
Et que penses-tu des lecteurs italiens? Selon ton expérience, dans la façon de
considérer l’art, la littérature et la culture en général, il y a des
différences fondamentales entre l'Italie et la France?
Stéphanie J’ai adoré
rencontrer les éditeurs de La Linea. J’aime leur esprit d’ouverture, leur
curiosité, leur gentillesse. Ils sont aussi très attentionnés et ils
travaillent bien (je suis aussi ravie de la traduction par Monica Capuani). Je ne crois pas
qu'il y ait de différences fondamentales entre la France et l'Italie
(mondialisation ?), en tout cas je ne me permettrais pas de juger pour toutes les maisons d’édition
italiennes mais celle-ci montre un intérêt très net pour les cultures du monde
entier. Elle me semble exigeante et classe.
Caterina Es-tu satisfaite du travail effectué en
Italie et de l'attention portée à ton livre?
Stéphanie Absolument !
Le livre a reçu une très belle presse en Italie (deux articles dans la
Repubblica...) et des critiques littéraires de très haute tenue comme celle de
Elio Grasso.